
Brèves
2026-2027

SEMAINE DU 5 OCTOBRE 2026
Flambée du prix du kérosène : le trafic aérien européen résiste
Les compagnies aériennes volent toujours plus en Europe, alors même que leur principal poste de dépense s'alourdit. Selon Eurostat, l'Union européenne a enregistré plus de 2 millions de vols commerciaux entre juin et août 2026, avec une activité supérieure à celle de l'été 2025 : +2,1 % en juin, +2,8 % en juillet et +2,3 % en août.
Cette progression est toutefois inégale. En août, le trafic a augmenté dans 19 États membres, mais il a reculé dans 8. La Slovaquie affiche la plus forte hausse annuelle (+37 %), devant Malte et l'Estonie. L'Espagne et l'Italie sont eux les deux pays qui ajoutent le plus de vols en valeur absolue, avec respectivement 9600 et 8128 vols de plus qu’en août 2025. À l'inverse, l'Autriche (-4,7 %), Chypre (-3 %) et l'Allemagne (-2,4%) voient leur activité reculer.
Ce dynamisme contraste avec la situation financière du secteur. EUROCONTROL, l’organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne en charge de la gestion et de la coordination du trafic aérien, indique que le prix moyen du carburant aérien en Europe a atteint 3,86 dollars le gallon en août, soit 71% de plus qu'avant la crise au Moyen-Orient.
En effet, 40 % de l’approvisionnement mondial en kérosène passe par le détroit d’Ormuz, et la réduction du trafic dans cette zone stratégique a eu d’importantes répercussions sur le coût du carburant. L'IATA (Association internationale du transport aérien) anticipait quant à elle une baisse du bénéfice net cumulé des compagnies, passant de 13 milliards de dollars en 2025 à 9,6 milliards de dollars en 2026.
Les compagnies avaient certes sécurisé environ 70 % de leurs besoins en carburant en amont, mais l'IATA avertit que la hausse des coûts finira par se répercuter, l'Europe étant fortement dépendante des importations du Golfe.
BERGER Manon
M2 DEA
L'Union européenne veut retarder ses règles contre les émissions de méthane
Le méthane est responsable d'environ 30 % de la hausse des températures depuis l'ère industrielle. Pourtant, la Commission européenne propose de repousser d'un an l'application du règlement 2024/1787 sur la réduction des émissions de méthane dans le secteur de l'énergie.
Ce texte, adopté en 2024, oblige déjà les États membres à mesurer, déclarer, vérifier leurs émissions et à réparer les fuites de méthane. Son volet import, applicable au 1er janvier 2027, imposerait aux importateurs de gaz et de pétrole de prouver que l'énergie venue de pays tiers respecte les mêmes normes.
Le commissaire à l'énergie Dan Jørgensen a présenté cette idée aux ministres des 27 États membres, sous la pression de la France et des lobbyistes du secteur de l'énergie dont certains demandent trois ans de délai. Dans un contexte de tension sur les prix de l'énergie, il craint que des fournisseurs étrangers incapables de se conformer à la règle quittent le marché européen, ce qui ferait monter les prix.
Les défenseurs du règlement répondent par les chiffres. Le coût du contrôle représente 0,3 % du prix du gaz, soit 30 centimes pour 100 euros, et environ 3 euros par an pour un ménage. Le gaz qui fuit est du gaz perdu que l'on pourrait vendre, et l'Agence internationale de l'énergie l'estime à 200 milliards de mètres cubes par an.
De plus, les stocks européens sont remplis à 70 % en moyenne, donc aucune pénurie n'est annoncée cet hiver.
Sur le plan juridique, la Commission ne fait que proposer. Le règlement ayant été adopté, seuls le Parlement européen et le Conseil peuvent en modifier la date d’application. La décision de l'Union indiquera si elle préfère soutenir son marché de l'énergie à court terme ou tenir son calendrier climatique.
FABBRI Evan
M2 DEA
« One-in, One-out » : Londres rompt l’accord migratoire avec Paris
Le gouvernement britannique a annoncé ce 30 septembre dernier l’abandon du programme pilote conclu entre le Royaume-Uni et la France visant à réduire le nombre de migrants traversant la Manche à bord de petites embarcations.
L’accord Hillmore, dit « one-in, one-out », consistait en ce que le Royaume-Uni pouvait renvoyer en France certains migrants arrivés illégalement par bateau et considérés comme ne remplissant pas les conditions pour séjourner au Royaume-Uni. En échange, il accueillait un nombre équivalent de demandeurs d’asile susceptibles d’obtenir une protection, avec une priorité pour les nationalités vulnérables ou dans les cas de regroupements familiaux.
Même si le programme n’est plus en vigueur, le gouvernement britannique a indiqué que les derniers vols d’expulsion se poursuivraient dans les prochaines semaines.
L’impact limité et le coût de ce programme pilote expliquent en partie son arrêt. Entre août 2025 et juin 2026, seulement 4 % des 27 920 migrants arrivés par la mer ont donné lieu à un renvoi vers la France, tandis que la France a transféré 1 117 migrants au Royaume-Uni via le dispositif, avec un coût moyen pour le contribuable britannique de 65 500€ par renvoi.
À présent, le Premier ministre britannique compte durcir son approche face aux petites embarcations et renforcer le contrôle des voies légales d’asile, tandis que la France préconise une approche européenne et refuse d’assumer la responsabilité de surveillance d’une frontière extérieure de l’UE.
Le nombre de personnes effectuant la traversée a fortement chuté ces dernières années, atteignant son plus bas niveau depuis 5 ans, en raison du renforcement des patrouilles de police et de la surveillance qui entraînent une réorganisation géographique, avec des départs depuis la Belgique notamment.
La fin de ce dispositif est révélatrice des difficultés rencontrées par les deux États pour coopérer en matière de contrôle migratoire et de droit d’asile depuis le Brexit, en dépit des drames humains et de la polarisation du débat politique britannique autour de la question migratoire.
AIMÉ Joséphine
M2 DEDH
Aux États-Unis, l'encadrement de l'IA repose sur la bonne volonté des entreprises
Mardi 29 septembre, Donald Trump a réuni à la Maison-Blanche 31 dirigeants du secteur
technologique, dont Jensen Huang (Nvidia), Greg Brockman (OpenAI), Dario Amodei
(Anthropic), Mark Zuckerberg (Meta), Elon Musk et Satya Nadella (Microsoft). À l'issue de
ce déjeuner, les patrons de Nvidia, d'OpenAI et d'Anthropic ont signé le White House
Accord, un engagement à intégrer des garde-fous dans leurs systèmes d'IA.
Présenté par Trump comme « moralement contraignant », ce texte n'a aucune valeur juridique et ne prévoit aucune sanction. Il laisse seulement la porte ouverte à une future inscription dans la loi.
Le dispositif repose sur l'autorégulation : audits internes, auditeurs externes et supervision des conseils d'administration. Trump doit nommer un responsable de l'accord et envisage un comité d'environ dix personnes. Dario Amodei s'est montré plus prudent que ses pairs et a reconnu des risques « bien réels ».
Ce pacte intervient dans un climat de défiance. Plusieurs incidents impliquant des systèmes d'OpenAI ont alimenté les inquiétudes, et 65 % des électeurs américains s'opposent à l'implantation de centres de données près de chez eux, à cause des factures d'électricité et de la pression sur l'eau. Trump a aussi décidé de remplacer le terme « intelligence artificielle » par « super intelligence » dans l'administration fédérale.
L'Union européenne a choisi la voie inverse avec l'AI Act, qui impose des obligations
légales de transparence, de tests et de signalement des incidents. Les contrevenants risquent jusqu'à 3 % de leur chiffre d'affaires mondial, ou 15 millions d'euros.
HENEIN Mariam
M1 DEDH
UE-Canada : vers un partenariat qui dépasse le CETA
À l'approche du sommet UE-Canada prévu fin octobre, les deux partenaires discutent d'une coopération qui irait au-delà de l'Accord économique et commercial global (CETA). Le Premier ministre canadien Mark Carney a proposé un marché intégré des services financiers, ainsi qu'une coopération sur les paiements, les minerais stratégiques, l'énergie, l'intelligence artificielle et la production de défense.
Erik van de Merel, chef économiste au Centre européen pour l'économie politique internationale (ECIPE), considère le CETA comme un modèle ayant atteint ses limites.
Appliqué à titre provisoire depuis 2017, le CETA a supprimé la quasi-totalité des droits de
douane et fait grimper les échanges à 130 milliards d'euros en 2025, soit +80 % depuis 2016. Côté défense, le Canada est devenu en juin 2026 le premier pays non européen intégré à l'instrument SAFE de l'UE, un possible modèle d'intégration secteur par secteur.
Les enjeux diffèrent selon les parties. L'UE, trop dépendante des États-Unis pour la
technologie et de la Chine pour les intrants essentiels, cherche à sécuriser son approvisionnement en minerais indispensables à la transition énergétique. Le Canada, lui, y voit l’occasion de diversifier ses exportations, aujourd’hui majoritairement dirigées vers les Etats Unis. Pour Fabian Zuleeg (European Policy Centre), l'argument décisif est avant tout géopolitique.
La question la plus délicate reste la régulation. Le Canada veut accéder aux services européens de banque, d'assurance et aux professions réglementées, mais Bruxelles pourrait exiger en retour un alignement réglementaire, que van de Merel juge déterminant pour la réussite du projet.
Néanmoins, le Canada ne peut remplacer ni la Chine ni les États-Unis à court terme : mines, raffineries et ports demandent des années à construire. Enfin, dix États membres, dont la France, n'ont toujours pas ratifié le CETA, la protection des investissements n'est donc pas en vigueur. Sans institutions pour le soutenir, le projet pourrait rester « très symbolique ».
BERRICHI Nina
M2 DEA
L’enjeu du multilinguisme au coeur du processus d’adhésion du Monténégro à l’Union européenne
Alors que l’adhésion du Monténégro à l’Union européenne est prévue pour 2028, la Commission européenne craint que l'État candidat ne manque de temps pour adopter et traduire l’ensemble de l’acquis communautaire. L'Union européenne compte aujourd'hui vingt-quatre langues officielles, et le principe du multilinguisme impose que ses textes législatifs soient traduits dans chacune d'entre elles.
Faisant partie des critères à l’adhésion d’un État à l’Union, l’acquis communautaire
comprend toutes les normes européennes, soit plusieurs dizaines de milliers, encadrant juridiquement le système d’intégration. Les États candidats, avant leur adhésion, ont pour obligation d’adopter et de traduire la législation européenne dans leur langue. Aussi, il est demandé à l’État candidat de former un nombre suffisant de traducteurs et interprètes pour assurer le bon fonctionnement des institutions européennes une fois l’adhésion achevée.
Le Monténégro soutient mettre en œuvre des moyens significatifs relatifs à sa capacité
administrative pour atteindre l’objectif de traduction complète et précise des textes normatifs mais surtout leur adaptation au système institutionnel national.
Cependant, l’évaluation faite par Bruxelles n’est pas très optimiste quant à la date d’achèvement de ce travail. Ainsi, la Commission envisage déjà une solution de secours : la dérogation temporaire, qui permettrait à l'État monténégrin d’utiliser provisoirement l’une des langues déjà officielles de l’Union. Bruxelles avait déjà octroyé ce type de dérogation pour Malte et l’Irlande afin de leur laisser un délai supplémentaire d’adoption et de traduction.
Dans le cas du Monténégro, se pose une tension politique et identitaire forte pour l’Etat candidat : la langue croate serait la plus proche de sa langue nationale, mais le différend bilatéral qui les oppose est un frein à cette option.
CAP Pauline
M1 DEDH
