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Le renforcement de l'action européenne dans la région Arctique

Le 13 octobre 2021, la Commission européenne a établi une communication dans laquelle elle indique le renforcement de l’Union européenne (UE) dans son engagement en faveur d’une région arctique pacifique, durable et prospère. Elle souhaite, d’une part, assurer la protection de l’environnement dans cette zone où l’écosystème est très sensible et, d’autre part, assurer la paix dans cette région sous tension géopolitique, en établissant une stratégie européenne.



Renforcer la résilience de l’Arctique face au changement climatique et à la dégradation de l’environnement


Particulièrement sensible au réchauffement climatique, cette zone s’est réchauffée en moyenne trois fois plus vite que le reste de la planète au cours des 50 dernières années. L’Arctique est en effet à son niveau le plus bas et, selon les estimations scientifiques, « il devrait arriver au moins une fois d’ici à 2050, qu’à son minimum estival, elle ait pratiquement disparu ». Seulement, ces changements provoquent la montée des eaux, sont à l’origine de l’érosion des côtes, dérèglent les systèmes météorologiques et causent une importante perte de la biodiversité ainsi que la destruction des écosystèmes. Ces conséquences étant globales, le dernier rapport du GIEC a exprimé fermement l’urgence d’agir dans l’immédiat.


L’UE est bien déterminée à faire face à cet enjeu de taille, notamment en assumant sa responsabilité à l’échelle mondiale, ainsi qu’en mettant en œuvre sa nouvelle législation sur le climat, son paquet législatif « Fit for 55 ». Les propositions du « Green Deal » sont au cœur de l’engagement de l’UE en Arctique, tout particulièrement dans la zone européenne de ce territoire. Préserver la biodiversité est un objectif fondamental de l’Union, par lequel elle a pour ambition de soutenir la désignation de zones marines protégées, ou encore de renforcer l’observation des terres, des océans et des prévisions climatiques en renforçant le rôle des centres Copernicus et EMODnet. Par ailleurs, la Commission énonce l’objectif de lutte contre la pollution par les plastiques et les déchets marins et évoque la nécessité de mettre en place un accord mondial avec une approche fondée sur l’économie circulaire, c’est-à-dire un accord prenant en compte le cycle de vie des matières plastiques dans son intégralité. L’UE s’engage également à soutenir le potentiel de l’Arctique en matière d’énergies renouvelables et à réduire la pollution chimique provenant des dépôts de mercure.


L’Union étant responsable de 31% des émissions de CO2 et de 16,5% des émissions de carbone noir générées par le transport maritime dans l’Arctique, elle s’est engagée à diminuer son empreinte carbone et environnementale dans ce secteur, notamment en établissant un projet de navigation « zéro carbone » et « zéro pollution ». De surcroit, l’UE, responsable de 36% des dépôts de carbone noir dans l’Arctique, promeut une politique globale afin de réduire ces émissions. L’UE met en en place un plan d’action en faveur de solutions durables et responsables pour l’extraction de minerais critiques, en prenant en considération la nécessité de la transition écologique, tout en respectant les communautés locales et autochtones. Surtout, elle s’engage à militer afin que le pétrole, le charbon et le gaz restent enfouis dans le sol.


Plus encore, l’Union entend vouloir renforcer la gouvernance de l’océan Arctique en envisageant une future négociation avec la Conférence des Nations unies sur le droit de la mer dans le but d’obtenir un accord solide. Ce dernier contribuera, en partie, à prévenir la pêche non réglementée en haute mer, dans l’océan Arctique central.


Renforcer la coopération pacifique dans un contexte géopolitique instable


La fonte des glaces a provoqué l’ouverture des voies de transports et a suscité un intérêt accru pour les ressources. L’Arctique devient une région faisant l’objet de différents conflits d’intérêts, tant géostratégiques qu’économiques. Et, du fait de l’absence de système de gouvernance juridiquement contraignant, de potentielles tensions pourraient être susceptibles de naître.


D’une part, de nouvelles routes de navigation sont rendues praticables par le recul de la couverture glaciaire, notamment en période estivale (le passage Nord-Est et le passage Nord-Ouest). D’autre part, l’Arctique constitue dorénavant un territoire où le potentiel économique est renforcé étant donné la possibilité accrue d’exploitation des ressources en énergie. Tout cela fait alors apparaître de nombreuses tensions géopolitiques. A titre d’exemple, la Chine, qui se veut être un « État proche-Arctique », devient le premier investisseur dans la zone et réaffirme sa mainmise en s’impliquant dans des dizaines de projets miniers, gaziers et pétroliers. Mais encore, la Russie, ayant le plus de frontières avec ce territoire arctique, pourrait être amenée à bloquer ces voies maritimes en cas d’escalade et de tensions.


Par ailleurs, l’Arctique russe fait l’objet d’un renforcement des capacités militaires. Depuis 2010, la Russie a installé quatre bases militaires et a multiplié les exercices militaires. Cet État a également conduit un exercice rassemblant 80 000 militaires, 220 aéronefs, 41 bâtiments de guerre ainsi que 15 sous-marins, en 2015. Cet espace semble refléter un positionnement stratégique sur la scène mondiale et des priorités intérieures pour ce pays. Cela cause à la fois des problèmes de sécurité et aggrave les conséquences du changement climatique. Beaucoup d’États suivent la situation de près (tels que le Royaume-Uni, le Danemark, la Norvège, les États-Unis, le Canada et l’Islande), de même que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), dans le but d’anticiper une future réaction à cette présence russe dans l’espace aérien arctique et dans ses eaux.


L’instabilité nucléaire, causée par la fonte des glaces, est une problématique faisant surface. Depuis les années 1960, l’Arctique joue un rôle crucial afin de maintenir la stabilité dans ce domaine. En effet, sa calotte glaciaire constitue une protection contre les attaques et ripostes nucléaires, notamment entre les États-Unis et la Russie. Le rôle stratégique des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) a alors une importance réduite et l’Arctique devient un territoire où la paix mondiale est mise à rude épreuve.


Chloé Despouys

Étudiante du M2 Droit global du changement climatique, promotion 2020-2021





Sources :


● « Engagement de l'UE en faveur d'une région arctique plus verte, pacifique et prospère », communication de la Commission européenne du 13 octobre 2021, disponible en ligne : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/IP_21_5214

● Granholm Niklas, Wedin Lars, « L’Arctique : enjeu stratégique », Revue Défense Nationale, 2015/8 (N° 783), pp. 56-61, disponible en ligne :

https://www.cairn.info/revue-defense-nationale-2015-8-page-56.htm

● Mikaa Mered, « Les mondes polaires », Conférence à l'ILERI [vidéo en ligne]. YouTube, 28 octobre 2019, disponible en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=nXOp-CYKbuE



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